Mais ils sont nombreux à se lever chaque matin en se disant « aujourd’hui encore, je vais avoir de mauvaises notes ».

C’est pour eux une souffrance. Au début, ils essaient de se battre, de se concentrer, de comprendre. Peu à peu, leur estime de soi diminue et la volonté de lutter disparaît. Ils ne retrouvent plus l’agréable sensation qu’ils avaient à sentir qu’ils faisaient plaisir à leurs parents. Ces sourires de fierté qui les remplissaient de joie quand ils ont commencé à marcher, qu’ils ont fait leurs premiers tours de roue en vélo, qu’ils ont rapporté leurs premières œuvres de l’école maternelle ou des bonnes notes du collège.
Puisque l’image de bon élève qu’ils rêvaient de présenter leur paraît inaccessible, ils se fabriquent une nouvelle personnalité scolaire : enfant rebelle, insolent, agité, plaisantin qui amuse la galerie ou encore enfant sage et éteint dans un coin de la classe.

À la maison aussi, le climat se dégrade, l’enfant est de plus en plus réticent à faire ses devoirs puisqu’il ne voit plus le résultat de ses efforts. Les parents angoissés de constater la baisse des résultats exercent une pression de plus en plus forte. La colère et l’amertume prennent place à la table familiale. L’enfant sent qu’il déçoit ses parents et pour s’en défendre se construit une image lui permettant de s’accepter. Il se replie sur les activités dans lesquelles il est en réussite : les copains, le sport, les jeux vidéos, les acrobaties en scooter, son téléphone portable ou des activités de loisir.

L’âge auquel les difficultés commencent importe peu, le processus reste souvent le même. Lorsqu’elles apparaissent à l’école primaire, l’institution est encore capable de proposer une aide. Les enseignants sont investis et cherchent à soutenir les enfants qui leur sont confiés. Ils peuvent adapter leur pédagogie et si les effectifs de la classe le permettent suivre de prés les élèves fragiles. Ces derniers peuvent aussi bénéficier de l’accompagnement des R.A.S.E.D (Réseau d’Aide Spécialisée aux Elèves En Difficulté), mais les moyens qui leur sont alloués baissent régulièrement et ils sont de moins en moins en mesure de remplir leurs missions. De nombreux enfants quittent alors l’école primaire en n’ayant pas acquis les connaissances et les mécanismes leur permettant de réussir au collège.

Quand les difficultés s’installent dans le secondaire, la prise en charge est encore plus compliquée. L’engagement des enseignants n’est pas en cause. Mais faute de formation, de temps, confrontés à des classes de plus en plus chargées, à une baisse des moyens d’accompagnement, notamment en lycée. Les enseignants sont désemparés face à un élève dont ils voient les résultats baisser ou s’effondrer et bien souvent la seule réponse qu’ils trouvent se résume à cette pensée magique « il faut qu’il se mette au travail ».
Si les choses étaient si simples, il n’y aurait pas d’élève en échec scolaire. D’ailleurs l’échec scolaire est-il celui de l’élève ou celui de l’école?

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